Toxicité végétale et changement climatique

Depuis fort longtemps l’homme connaît la toxicité de certaines plantes pour lui et pour les animaux domestiques ou non.

Il a même profité de la toxicité de l’Aconit Tue Loup pour éliminer celui qu’il considérait comme son concurrent direct.
Il a su exploiter les propriétés du gui, autrement toxique pour le cœur humain, pour piéger les oiseaux.
Mais la plus connue est sûrement l’if dont toutes les parties à l’exception de l’arille sont toxiques, notamment pour le cheval… Ce qui a sûrement accéléré le déclin de cette essence voire sa quasi disparition…

Mais qui aurait accusé l’érable sycomore (Acer Pseudoplatanus ) et ces charmants petits « hélicoptères » d’être toxiques ?

Dès 2003 le constat a été fait que les équidés mourraient en nombre et brutalement dans le Nord , le Grand Est de la France et au Bénélux…
Il fallu une dizaine d’années pour faire le rapport entre la consommation des samares d’érable à l’automne et la disparition des chevaux notamment.

La cause découverte, il fallu admettre que la graine, à l’automne était toxique mais aussi la plantule au printemps ce qui expliquait la mortalité en deux pics, un en octobre-novembre l’autre en février-mars.
Ainsi s’inscrivait au rang des pandémies animales modernes la MAE : Myopathie Atypique équine.
L’if grand ennemi du cheval et quasi disparu du milieu naturel était relégué au rang des souvenirs. Sa toxicité d’un kilo de feuilles pour tuer un cheval de 700 kg était largement dépassée…

Mais les pauvres équidés et autres animaux n’en n’ont pas fini avec les toxiques. Pourquoi ?

Parce que les causes sont souvent nouvelles et multiples et parmi elles : le changement climatique
Dans le cas de la myopathie atypique, maladie émergeant du 21ème siècle, il semble bien que ce soit l’agent causal de cette nouveauté …

L’érable sycomore et l’érable négundo, contiennent en leur graines des toxines qui pourraient, avec l’élévation des température et le manque d’eau se concentrer au point d’atteindre un seuil critique

Chez l’érable sycomore le suivi est assez simple dans la mesure où cette essence est monoïque… Tous les arbres de cette essence de plus de 15 ans environ sont donc « toxiques » et doivent être éliminés des pâtures ou les équidés sortis en automne et au printemps des lieux infestés…
Pour l’érable Négundo qui est un exotique, mais devient invasif en Europe, c’est plus compliqué car il est dioïque il faut donc un mâle et une femelle pour faire des « hélicoptères ». Les individus plantés, souvent par des paysagistes, doivent être observés pour voir s’ils produisent un jour des samares …Si tel est le cas il faut couper, voire arracher car le rejet de souche est toujours dynamique chez l’érable.
A noter que l’érable Argenté ou Acer Saccharinum ou petit érable à sucre, très planté chez nous depuis 30 ans est toxique également.

Mais le changement climatique ne joue pas seulement sur la concentration des toxines, il peut agir de toute autre façon …

Le cas de la porcelle enracinée :
On sait que l’augmentation global de la température a tendance à augmenter la production prairiale au printemps mais bien souvent à la diminuer en été .
On sait également que l’augmentation du taux de gaz carbonique dans l’air favorise les dicotylédones et les légumineuses lorsqu’elles sont fauchées fréquemment (BT ONF n 3 ). Par contre les graminées sont défavorisées.
Il faut bien se douter aussi que les plantes à enracinement pivotant se développent au détriment des autres à chaque été sec … C’est le cas de la Porcelle enracinée. Depuis 2003 elle gagne vers le nord et en altitude profitant des étés secs… 2018 et 2019 auront encore un rôle positif sur le développement de cette plante, puisqu’elle puise son eau profondément dans le sol et déploie son système foliaire en rosettes au détriment des espèces prairiales telles les graminées…
Lors de sa consommation qui dévient parfois addictive chez certains chevaux elle peut provoquer une intoxication mortelle ou le déclenchement de Harper Australien aux symptômes invalidant …

Le changement climatique cache ses influences sous d’autres aspects plus subtils.

Qui pensait dans le corps forestier ou parmi les éleveurs que le chêne commun pouvait devenir toxique …Il le devient bien.
Pourquoi ? Parce que le changement climatique augmente globalement dans les régions septentrionales le nombre de glandées ( production de glands ) . Par le passé, jusque dans les années 70 les glandées avaient lieu partiellement tous les 10 ans et de façon marquées tous les 30 ans . Actuellement elles ont une fréquence de 3 à 5 ans pour les partielles et 8 à 10 ans pour les glandées totales …
Il en ressort qu’un chêne de parc peut produire des glands en abondance tous les 2 à 3 ans …Mais si les glands tombent murs et en nombre « normaux » il n’y a pas de problèmes pour nos amis les bêtes : vaches ou chevaux .
Mais supposez qu’une glandée forte s’annonce, qu’un « coup de sec » et quelques parasites profitant du réchauffement altère cette belle masse ! Un phénomène naturel se met en action et le chêne par un coup de vent violent, comme nous en avons de plus en plus, se décharge de tous ses « excédents » et la pauvre bête qui est addicte ou qui n’a rien d’autre à consommer « s’en fait sauter la panse ». C’est ce qui est arrivée récemment à une vache …et à un bel étalon . L’un comme l’autre on profité de cette chute de gland massive suite à une nuit venteuse pour consommer ces glands VERTS et frais … Chez la vache – polygastrique – l’intoxication n’a été révélée qu’après quelques jours. Chez l’étalon – monogastrique – le lendemain il était mort … Dans les deux cas les organes digestifs étaient comme brulés par la fermentation acide

Et pourquoi Dame Nature s’arrêterait-elle là ?

Le climat ne fait que changer , élévation de température, sécheresses estivales sont maintenant le lot de tous …
Restons donc vigilants pour nos animaux et pour la planètes et surtout cherchons a comprendre par autopsie lorsque le cas d’intoxication est extrême …

A DOLE du JURA,
le 25/09/2019

L. PIANET.
Forestier en retraite passionné par le milieu naturel et la MAE,
membre de la Société Forestière de Franche Comté.
Bénévole à météo France, chargé de la station de DOLE depuis 40 ans.

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